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Sexualité et
séduction
Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe, a
souligné à quel point, dans le cas des
mammifères, la sexualité prend un sens
différent pour le mâle et la femelle. Chez
cette dernière, " l'individualité
n'est pas revendiquée : la femelle s'abdique
au profit de l'espèce qui réclame cette
abdication ". Aussi, le mâle aurait surtout
à jouer le rôle du tentateur, voire de
l'agresseur, à manifester sa puissance vitale
par un luxe gratuit et magnifique. La coquetterie, qui
consiste à fuir ce que l'on sollicite, à
se refuser et à se donner, serait l'expression
de l'appréhension de la femelle, qui vit l'enfantement
dans sa chair, s'y aliène.
L'érotisme s'oppose cependant à la brutalité
du désir, ou du moins la déguise. Alain
écrit à propos de la danse amoureuse qu'il
est bon que " l'animal ne se montre pas trop, et
enfin qu'il s'humanise ". L'érotisme manifeste
à la fois la proximité de la frénésie
et la capacité de la retenir. Il est sublimation,
non pas tant cependant pour nous détourner de
la sexualité que pour la purifier de tout ennui.
L'érotisme, c'est la sexualité devenue
art et rythme.
On a donc raison de le distinguer de la pornographie,
qui est une forme de négation du désir
et de la personnalité de l'autre. L'obscène
participe du réalisme. Il présente la
chair, ou l'acte, dans toute sa matérialité.
Il nie le féminin, qui n'existe que dans le retrait.
Il y a cependant bien au fond du jeu érotique
l'horizon de la chair. Il n'habille l'autre de pureté
que pour mieux l'en dépouiller.
Le penseur juif Emmanuel
Lévinas écrit que " le beau de l'art
invertit la beauté du visage féminin "
en le privant de sa profondeur et de son trouble charnel,
en faisant de la beauté une forme recouvrant
la matière indifférente du tableau ou
de la statue. Le mot "invertit" fait, peut-être,
allusion à l'amour platonicien, qui concerne
de jeunes garçons et qui vise à s'élever
par sublimation de la beauté du corps à
celle de l'âme et des Idées.
Mais dans la nudité
érotique " le visage s'émousse "
et "se prolonge, avec ambiguïté, en
animalité ". L'ambiguïté de
la beauté serait celle du visage lui-même,
qui à la fois appelle le respect et est offert
à la profanation. " L'irrespect suppose
le visage ".
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