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Le libertinage
Schopenhauer était frappé par le
contraste entre la légèreté
et le brillant du marivaudage et le sérieux,
tout animal selon lui, de l'acte sexuel.
Aussi assimilait-il
le jeu érotique à un simple leurre,
un piège tendu par la vie elle-même
à l'intelligence et à l'individualité
des amants.
Mais on peut, à
l'inverse, remarquer que l'érotisme, qui
se soucie peu de la procréation, fait durer
le plaisir et le désir quand la pulsion
sexuelle, laissée à elle-même,
s'épuise vite. L'érotisme est ainsi
profondément humain.
En effet, l'espèce
humaine se singularise en ce qu'elle ne connaît
pas l'alternance animale de l'indifférence
sexuelle et du rut. C'est dans cet espace d'indétermination
que se développent aussi bien la police
des murs que le libertinage.
Le désir n'est
plus tant provoqué par la nature que par
l'art de la séduction. Le plaisir s'affranchit
de toute légitimation biologique ou sociale
et s'affiche avec toute la gratuité et
la légèreté du jeu. L'érotisme
se confond alors avec tout ce que la culture,
l'ingéniosité, ajoutent, ou retranchent,
à la sexualité pour en faire un
jeu plaisant et désirable. L'amour lui-même
semble alors trop contraignant et trop sérieux.
Dans le Phèdre,
Platon fait dire à l'orateur Lysias qu'il
vaut mieux favoriser les entreprises de séduction
de ceux qui ne nous aiment pas, car ils sont bien
moins importuns et inconséquents que les
amoureux. L'érotisme sera simplement une
forme de civilisation, comme l'art ou la conversation.
Il y a cependant là une tentative un peu
dérisoire pour banaliser le plaisir érotique,
le penser sur le modèle de la jouissance
gustative.
L'érotisme
n'est-il pas par essence confrontation à
un autre corps et à une autre personne,
au mystère d'une autre expérience
et d'une autre conscience ?
Il y a bien entendu aussi du défi dans
le libertinage, comme le montre la figure de Don
Juan. L'individu joue avec le feu, la "corne
de taureau" selon l'expression de Michel
Leiris, c'est-à-dire les puissances sacrées
de la sexualité et de la mort, s'en approche
au risque de s'y brûler. Il défie
les forces qui menacent son individualité
et son indépendance, le mariage, les maladies,
l'amour, et se retrouve finalement lui-même,
inchangé.
Le libertinage voisine
dangereusement aussi avec le machisme. Simone
de Beauvoir notait en effet que le mâle
mammifère se détache de la femelle
au moment même où il la féconde.
Ainsi " le mâle au moment où
il dépasse son individualité s'y
enferme à nouveau ". Il est vrai que
la contraception et la libéralisation des
murs permettent également à
la femme cette forme de jeu érotique.
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